Présentation : Prix 2008 de l'Académie des Sciences morales et politiques, Paris.
« Le Malaise de la culture » revisite l'histoire des politiques culturelles publiques en France depuis l'époque du Front populaire, s'attarde sur le « moment » fondateur de la création d'un ministère de la Culture au temps d'André Malraux, examine l'enjeu de la démocratisation culturelle, ses difficultés et ses obstacles qui aboutissent à ce que l'on désigne aujourd'hui comme « l'échec de la démocratisation ». L'auteur décrit les changements qui ont affecté le domaine culturel ainsi que l'attitude des nouveaux usagers de biens culturels soudain plus accessibles et analyse les changements dans les comportements culturels qui en découlent. Face à ces mutations de l'environnement, il décrit un État « encombré » qui a empilé les priorités successives et doit faire face aujourd'hui à une situation bloquée par l'absence de financements nouveaux. Il analyse une situation sur laquelle pèse la crise des intermittents du spectacle, observe le déclin de la politique culturelle à l'étranger et la difficulté qu'éprouve notre pays à « promotionner » ses artistes au-delà des frontières et sur la scène internationale. Enfin, il invite à nommer ce « malaise » pour l'identifier, il invite à changer de discours et esquisse quelques pistes pour « sauver la culture » en lui redonnant une visibilité et une ambition renouvelée au prix d'une sérieuse remise en question de ses présupposés.
Ce livre roboratif fera peut-être grincer quelques dents, mais il est dans le contexte actuel d'une actualité nécessaire dans un pays qui a fait de la culture un enjeu national identitaire.
Texte ATLI n° 144 :
Directeur de la Scène nationale, Le parvis de Tarbes, Marc Bélit publie « Le Malaise de la culture » aux éditions Séguier. Une réflexion menée sur cinquante ans de politiques culturelles en France. L'auteur revient sur les changements qui ont affecté ce domaine et analyse la modification des comportements. Un livre sans concession qui s'emploie à nommer ce malaise culturel. Entretien.
Atlantica Magazine : Vous publiez un essai, « Le Malaise de la culture », vous pensez vraiment que le mot de malaise soit approprié, la culture n'est-elle pas au contraire au coeur de notre singularité française, et plutôt un élément de notre bien-être ?
Marc Bélit : C'est vrai, en un sens, elle fait partie intégrante du « roman national », elle est en tout cas conforme à l'image que l'on souhaite, mais en même temps il ne vous échappe pas que les crises à répétition de l'intermittence des artistes du spectacle, que les débats certes un peu apaisés sur la querelle de l'art contemporain et la contestation toujours présente sur la question des moyens pour la culture entretiennent cette impression diffuse de malaise. En tout cas cette expression m'a paru appropriée pour mener une réflexion sur cinquante ans de politiques culturelles en France depuis le fameux décret Malraux qui établit l'existence d'un ministère de la Culture et même un peu en amont, puisque cela commence avec le « Front Populaire ».
Atl. Mag. : Vous avez des solutions ?
M. B. : Il est grand temps de rebattre les cartes, de reposer la question de l'utilité sociale de la culture qui doit être traitée comme telle, de la place des loisirs culturels et de leur incidence économique, ainsi que celle de l'art et de la création, qui doivent recevoir un traitement spécifique.
Ce sont peut-être là trois ordres différents de questions qui impliquent de manière différente les acteurs du secteur, les pouvoirs publics et le public par destination. Il faut donc sortir des généralités et des généralisations, s'apercevoir que l'extension de la culture à tout n'aide pas à saisir en quoi elle peut être essentielle dans un projet de société et mesurer où et en quoi elle doit faire l'objet d'un soutien prioritaire. C'est donc à un repositionnement des partenaires publics et privés, à une redéfinition de la légitimité de la dépense culturelle publique qu'il faut désormais travailler afin de préserver un avenir culturel et artistique à notre pays.
Atl. Mag. : Vous êtes partisan d'un discours de vérité, vous pensez qu'on peut sortir de ce malaise ambiant en énonçant les causes ?
M. B. : Oui c'est le discours culturel, également, qui doit changer. Le discours de la culture se situe désormais sur le versant de son achèvement, comme si la société qu'il décrivait avec ses modes de représentation dominantes, sa culture légitime essentiellement d'ordre littéraire et artistique s'achevait. Son discours en devient comme désenchanté, désabusé de ses élans, « impératifs », « volontarismes » qui furent les mots d'ordre du politique malgré la contrainte des faits tout au long de ces décennies.
Quant à l'État, il est grand temps qu'il reformule une ambition à l'échelon national et international pour la production et le rayonnement artistiques français en relation étroite avec les dispositifs de diffusion et de création nationaux. Pour cela, il lui faut retrouver des marges de manoeuvre financières, s'appuyer sur une expertise de haut niveau afin de cesser d'être l'administration de tutelle toujours désargentée d'un ensemble d'ayants droit toujours plus nombreux se transformant au fil des ans en service public qui finalement ne s'adresse qu'à quelques-uns. Car s'il est essentiel de restructurer la culture dans l'espace national, c'est pour mieux affronter les défis d'une culture qui n'est plus isolée, mais en concurrence de rayonnement dans le monde.
Si l'on veut en finir avec une « exception culturelle » de repli, il faut mener le combat qui en fera une force de proposition européenne d'abord et mondiale ensuite.
Atl. mag. : Est-ce qu'au fond l'idée d'une culture civique, émancipatrice susceptible de conforter la citoyenneté et de développer le civisme politique est bien un réalité ou n'est-elle une fois encore qu'une figure convenue de l'idéologie française de la culture ? N'est-il pas temps enfin de changer de discours ?
M. B. : Je le pense et c'est pourquoi j'ai écrit ce livre.
L'auteur: Bélit Marc
Marc Bélit, professeur de philosophie, homme de théâtre et essayiste, a été le concepteur de cette aventure. Il était donc le mieux placé pour en retracer les contours. Ayant créé Le Parvis, puis l'ayant quitté sous la période Lang pour rejoindre les services déconcentrés du ministère de la Culture, il en a été le directeur de 1987 à 2009.
C'est lui qui a élaboré l'idée, la méthode, et mis en œuvre les procédures qui ont abouti à la création de cet équipement. Il a suivi, tant sur le terrain que dans les services de l'État, la question des politiques publiques de la culture et s'est intéressé aux questions du mécénat qui ont fait récemment l'objet d'un colloque au Parvis.
Marc Bélit a publié deux ouvrages consacrés à cette question : Fragments d'un discours culturel et Le Malaise de la culture publiés chez Séguier, ainsi qu'un ouvrage collectif intitulé Le Défi culturel édité par Le Parvis.
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